BOOMERANG - French translation

Audrey Chan
BOOMERANG
23:23 minute digital video loop, 2006
Traduction : Alexis Williams et Gaëlle Bourges.

JAN SCRUGGS

J’ai imaginé un boomerang. Et j’ai dit : tu sais quoi ? Les gens vont critiquer ce monument en disant que c’est un boomerang et ils vont faire l’analogie avec le Vietnam que l’on essaie de rejeter et qui revient toujours. On va l’appeler un trou noir dans la terre. Ce sera un problème. Ceci n’est pas un mémorial conventionnel.

MAYA LIN

–Ce dont parle le mémoriel, c’est de l’honnêteté.
–Ce n’était pas une glorification politique de la guerre. Il était centré seulement sur l’individu, centré sur les pertes et les sacrifices.
–Et tout ce que je disais dans cette œuvre c’était que le coût de la guerre c’est les individus, et qu’on est obligé de se souvenir d’abord d’eux. Et donc en réalité cela concerne le peuple, pas la politique.

CHECKPOINT

Chérie, nous voici au poste de contrôle de l’alliance. On cherche des armes et des explosifs. Voici Jack, guerrier armé. Il est notre sécurité arrière. On fouille les gars là-bas pour des armes, des explosifs. J’vais donner la caméra à Jack, chérie. (Et action…) Salut, chérie. On passe un moment chouette. Tu comprends « poste de contrôle » ? Bon, j’vais couper ici, bébé. Je t’aime.

DECAPITATIONS

–Ces jours-ci, je regarde des décapitations sur mon ordinateur portable.
–Au début, j’étais terrifiée à l’idée de le faire, mais au bout d’un moment, tu sais à quoi t’attendre.
–La situation typique : une rangée d’insurgés masqués se tiennent debout, dos au mur, brandissant leur fusil.
–L’otage est assis comme un pauvre sac par terre.
–Parfois l’otage a droit à quelques mots devant la caméra, lus d’un script avec hésitation.
–Un « s’il vous plaît s’il vous plaît s’il vous plaît » aux dirigeants de son gouvernement.
–Un triste adieu incrédule à sa famille.
–Le pire c’est quand ils commencent à pleurer.
–Quelqu’un qu’il connaît le verra un jour, en train de pleurnicher, de chialer, sale, les mains et les pieds attachés.
–Tu penses que l’action d’enlever une tête se fait d’un seul coup, mais c’est plus une action de scier, d’arracher.
–Normalement, c’est à ce moment-là que je détourne mon regard.
–Bien évidemment, des gens sont assassinés tous les jours.
–Mais là, c’est un certain type de mort, dont tu ne te moquerais probablement pas, même pas de manière désinvolte.
–A la fin, la caméra fait un zoom, et ton regard est fixé sur une tête vidée de son sang, qui pend, le visage vide, retenue par ses cheveux.
–C’est là que la vidéo se termine.
–Il y a quelques mois, j’ai fait une recherche pour trouver des « vidéos d’Irak », sur eBay.
–Là, je suis tombée G__ A_____, un photographe de pub, en Pennsylvanie.
–J’ai suivi le lien jusqu’à sa page web, où il faisait la promotion de ses services pour des mariages et des anniversaires.
–Il y avait aussi une partie de son site appelée « Photos de guerre » .
–Là, il vendait sa collection personnelle de photos de guerre du Vietnam à des fins éducatives.
–Il vendait aussi des coffrets de CDs, sans royalties, de photos numériques d’Irak et d’Afghanistan, prises par des soldats américains.
–Et un CD de « 150 clips non censurés », où figurent les derniers combats de rue et des vidéos prises par des insurgés.
–Une semaine après je recevais les CDs dans ma boîte aux lettres.
–Les titres des dossiers étaient très clairs :
décaptitation_irakienne
7_dans_un_coup
marines_attaqués
exécution_terroriste
–Un soldat américain a l’air différent vu à travers la cible d’un sniper.
–Les vidéos les plus terribles faisaient de la publicité pour des sites web qui présentent des séquences hyper violentes et hyper gores sorties de la « vraie vie ».
–Normalement, je ne peux même pas regarder un simple film d’horreur.
–Mais là c’était plus comme les infos, mais version X, tournées avec des caméras vidéos portables, sans les pauses publicité.
–Certaines des vidéos étaient des films « fait maison » par des soldats américains pour leurs amis, ou pour leur propre postérité.
–Je suppose qu’ils veulent quelque chose pour se souvenir de leur expérience.

EMINEM: SOLDAT

Je suit un soldat
Je suit un soldat
Je suit un soldat
Je suit un soldat

Yo
Yo

Je n’ai jamais été un voyou, mais simplement un fou d’armes
Je n’ai jamais été un gangster, jusqu’à ce que j’en devienne un
Et que j’eusse la réputation d’un scélérat, parce que je cachais des armes
J’ai pris l’image d’un voyou, je gardais cette merde qui m’attirait
Je voulais prendre des risques, avec considération si cela signifiait vie ou mort
Je ne suis pas né pour regretter ce que j’ai dit
Quand tu es à ma place, les gens veulent simplement voir, si c’est vrai
Si c’est toi, ce que tu dis dans ton rap, ce que tu fais
Alors ils ressentent, comme une partie de ton obligation d’accomplissement
Quand ils te voient dans la rue, face à face, es-tu réel ?
Dans la confrontation il n’y a pas de conversation
Si tu sens que tu es en infraction, toute hésitation te tuera
Si tu le sens, tue-le, si tu le caches, montre-le
Etre raisonnable te laissera plein de balles
Tire-le, écrase-le, jusqu’à ce qu’il soit vide, tente-moi, pousse-moi, fillette
J’ai besoin d’une bonne raison pour presser bien fort cette gâchette

[Refrain]

Je suis un soldat

Ces épaules supportent tant
Elles ne cèderont pas, je ne tomberai ni ne me replierai jamais
Je suis un soldat
Même si mes os du cou s’écrasent ou s’effritent
Je ne glisserai ni ne trébucherai jamais

Je suis un soldat

Ces épaules supportent tant
Elles ne cèderont pas, je ne tomberai ni ne me replierai jamais

Je suis un soldat

Même si mes os du cou s’écrasent ou s’effritent
Je ne trébucherai jamais
J’adore vous faire chier, je m’en tire toujours
Comme mes avocats, quand ce putain de juge m’a laissé partir
Vous tous bande de fils de pute n’avez qu’à me provoquer
Je ferai des infractions, et tous ces putain de paris seront perdus
Je suis une mèche allumée, tout ce que je fais est dons les nouvelles
Des coups de pistolet calibre 6’2 pour ce fils de pute de videur
Qui veut des balles ? Dès que j’appuierai
Tu suinteras de balles, une excellente méthode pour se débarrasser du prochain tyran
C’est pour le moment le mieux car au lieu de te tuer
Tu peux leur faire mal et revenir encore et leur envoyer de la poussière (à la figure)
C’est comme mettre du sel dans les blessures, assaut et mise en procès
Tu peux sentir les poursuites judicaires dès que je rentre dans la salle
Tout le monde s’arrête et ne bouge plus, appelle les flics
Tout ce que tu vois c’est des salopes qui sortent leurs décolletés
Courant et fuyant vers le parking du Hot Rock (Café)
Vous vous ferez tous abattre, que ce soit votre faute ou pas

[Chorus]
[Refrain]

Je crache (mon venin) lentement pour que ces enfants sachent que je leur parles
Renvoie-leur ce damnées critiques et montre-leur de quoi je suis capable
Je suis comme un voyou, avec un peu d’influence de Pac (I)
J’en vomis, et regarde comment j’ai fait pour que ces salopes se secouent
Vous les fils de pute ne pourrez jamais le faire comme je le pouvais
N’essayez même pas, vous auriez l’air stupide, ne persistez pas
Jamais dans votre vie, n’essayez de frapper le plus vrai (réel)
Je crache la plus virulente merde, jamais tombée de 10 cm
Alors tic et toc, écoute tandis que l’horloge fait tic-tac
Ecoute le bruit de Kim alors qu’elle suce une bite
Ecoute le bruit que je fais en vidant mon cœur par l’intermédiaire de mon stylo
Les fils de pute savent que je ne serai plus jamais Marshall
Plein de controverse, jusqu’à ce que je retire mon tricot
Jusqu’à ce que le feu intérieur meurt et expire à mes 30 ans
Et Dieu ait de la pitié pour tous ces rappeurs qui me copient
Et mets une malédiction sur les autorités, face à l’adversité

[Chorus]
[Refrain]

Gauche, gauche, gauche droit gauche
Gauche, gauche, gauche droit gauche
Gauche, gauche, gauche droit gauche
Gauche, gauche, gauche droit gauche

(I) Il s’agit de 2Pac, un chanteur de Rap.

A la fin de la chanson, sur les images de la cérémonie militaire autour d’un cercueil, la voix :
« Un lâche meurt de mille morts, mais un soldat ne meurt qu’une seule fois. »

DESSIN GAGNANT DU MONUMENT

–Maya…
–Ô Maya.
–Où êtes-vous passée ces derniers temps ?
–Ces dernières années n’ont pas été vraiment bonnes.
–Après avoir conçu le Mémorial aux Vétérans du Vietnam, vous avez dit que vous ne vouliez pas être connue comme l’architecte des morts.
–Mais peut être vous avez été égoïste quand vous avez dit ça.
–Je sais qu’elle n’est pas encore terminée, mais quel type de monument concevriez-vous pour cette guerre-ci ?
–Peut-être qu’on pourrait le concevoir ensemble.
–Ce serait un mémorial pour en finir avec tous les mémoriaux.

ABC NEWS

Ted Koppel : Pourquoi, Madame Lin, pensez-vous qu’il y a eu autant de frustration, autant d’amertume, autant d’acrimonie ?
Maya Lin : Je pense, dans un sens, que c’est une partie de la controverse autour de la guerre du Vietnam qui a continué. Et on pourrait prendre presque n’importe quel design possible pour ce monument et il évoquerait les mêmes émotions, comme M. Scruggs le suggérait tout à l’heure je pense. Son choix de construire un monument à ce moment vient suffisamment tôt pour que la colère et la frustration soient toujours présentes, et je pense que cela joue dans ce monument.

TOM CARHART, VETERAN DU VIETNAM
Quand je suis rentré du Vietnam, en décembre 1968, on m’a littéralement craché dessus dans l’aéroport de Chicago quand je passais en uniforme. Ce crachat m’a blessé, il m’a percé comme une flèche. « Bienvenu à la maison ! » Alors quand j’ai vu les dessins des monuments à l’exposition à la base militaire d’Andrews, en effet, j’ai été impressionné par le niveau de réflexion et d’effort que ça a pris. Mais quand j’ai vu le dessin gagnant, j’ai été véritablement choqué. J’ai trouvé que c’était le monument le plus insultant et rabaissant pour notre expérience au Vietnam qu’on aurait pu choisir.
Je me fous des perceptions artistiques, je me fous de toutes les rationalisations qu’on peut faire. On n’a pas besoin d’éducation artistique pour prendre le dessin de ce monument pour ce qu’il est : une cicatrice noire. Noir, la couleur universelle de la tristesse, de la honte, et de la dégradation pour toutes les races et pour toutes les sociétés du monde. Dans un trou, comme caché par la honte, pour qu’aucun vétéran du Vietnam condamné à passer le reste de ses jours en fauteuil roulant ne puisse jamais le visiter.
En tant que vétéran du Vietnam qui se sent déshonoré par le monument déclaré gagnant de la compétition VVMF (Fonds du Monument des Vétérans du Vietnam), je fais appel à la Commission Américaine des Beaux-Arts pour rouvrir le processus de sélection de la compétition et à exiger que le gagnant soit choisi par un jury composé exclusivement de vétérans du Vietnam. Nous les vétérans du Vietnam, sommes-nous si aveugles ? Somme-nous si crédules ? Est ce que nous serons encore dupés ? Est ce que nous allons tolérer ça ?

CEREMONIE DE DEDICACE DU MONUMENT DES VETERANS DU VIETNAM, 1982

1er vétéran: Tellement de gars le même jour. C’est incroyable.
2eme vétéran: Quelle différence ça fait que je reconnaisse ou pas un nom ? Regarde tout ce bordel de noms…
1er vétéran: Je sais, je sais… Je sais que certains noms sont spéciaux pour toi, oui, certains sont spéciaux pour toi. Et certains sont spéciaux pour d’autres gens.

LA LOGIQUE DE LA RETRAITE

–J’aurais bien aimé savoir ce que Maya voulait dire quand elle a dit : « En réalité cela concerne le peuple, pas la politique. »
–Peut être « la politique », c’est seulement une quelconque masse indestructible, qui des fois te tabasse dans le visage, et d’autres fois te pince très fort la gorge.
–Vous, le peuple, vous êtes maigrichons et faibles, pitoyables, même.
–Je veux dire, putain mais comment vous avez le courage de vous regarder dans en face chaque matin ?
–Ca ne vous donne pas envie de vous défoncer la tête ?
–Mais bon, j’imagine que ce n’est pas vraiment ça qu’elle voulait dire.
–Essayons quelque chose d’autre.
–Cette putain de guerre est complètement folle.
–C’est une situation perdant-perdant, et une sacrée putain de corvée.
–On ne s’est pas déjà retrouvé dans un « bourbier » comme ça qu’elle voulait dire ?
–Bon, je suppose qu’il était temps de recommencer ce bordel de merde.
–Mais vous, le peuple, ça ne vous ne dérange pas d’être considérés comme une salope stupide qui ne connaît rien à rien ?
–La salope ne connaît jamais rien à rien.
– “Fais-moi confiance” sonne toujours différemment quand t’as pris un coup de poing dans chaque oeil.
–La politique dit en fait, “Tu ferais mieux de fermer ta geule si tu veux pas que je t’apprenne ta leçon version « hard », misérable merde.”
–Arrivés à ce point, rester est une option moyennement plus sûr.
–Et quand tes yeux sont gonflés à en être fermés, tu te rends compte que finalement tu n’as pas autant besoin de voir que ça.
–Et si tu attends que ça passe, les choses vont forcément se résoudre d’elles-mêmes un jour.
–Pas vrai ?
–Putain, vous êtes complètement à côté de la plaque.
–T’es un cadavre qui parle tout en essayant d’empêcher tes tripes de se répandre sur tes pieds avariés.
–Et en plus t’essaies toujours de sourire.
–Pauvre nase.
–Tu dois avoir mal aux épaules à force de les hausser.
–Je sais que c’est mon cas.
–La logique de retraite n’a rien à voir avec la politique, et elle a tout à voir avec le peuple.
–Alors si on veut vraiment être honnête, faisons un mémorial à la politique.
–Ce sera un boomerang, un trou noir dans la terre, et un problème.
–Les jours appropriés, on déposera des couronnes à notre stoïcisme et on prendra des photos de notre peur.
–Et dans ces moments-là, on pourra vraiment oublier comme c’est bon de se sentir vivants.
–Je suis désolée, Maya.

ARETHA FRANKLIN: LA MAISON QUE JACK A CONSTRUITE

C’est la maison que Jack a construite
Souviens-toi de cette maison

C’était la terre qu’il a travaillée de ses mains
C’était la rêve d’un honnête homme
Il y avait la chambre remplie d’amour
C’était l’amour dont j’étais fière
C’est la vie, la vie qu’il avait prévue
Sur l’amour, le même ancien amour
De la maison que Jack a construite
Souviens-toi de cette maison !

C’était la barrière qui retenait notre amour,
C’était la porte par laquelle il est sorti
Ceci est le cœur qui s’est transformé en pierre
C’était la maison
C’est l’amour que j’ai détruit
Un jour j’ai joué avec l’amour
C’est la maison que Jack a construite
Je me rappellerai de cette maison !
Oh-ohhh ! A quoi cela sert-il de pleurer ?
Tu sais, je l’ai bien cherché
On ne peut pas le nier
Mais ça semble horriblement drôle
Ce que je ne comprenais pas
Jusqu’à ce que je perde mon honnête homme

Quand on est au sommet
Tout tient debout
Dans la maison que Jack a construite
Je me souviendrai de cette maison

Ecoute !
J’avais une maison
J’avais une voiture
J’avais un tapis
Et j’avais un foyer
Mais je n’ai plus Jack
Et je veux que mon Jack revienne

J’ai tourné le dos à Jack
Il a dit qu’il ne reviendrait pas
J’ai tourné le dos à Jack
Il a dit qu’il ne reviendrait pas
Ohh, Jack
Tu dois revenir
Ohh, Jack
Tu dois revenir
Vers ce que tu as construit

Je ne comprenais pas
Jusqu’à ce que je perde un homme honnête
Reviens Jack